Une journée avec moi
On me demande souvent à quoi ressemblent mes journées. Voilà, heure par heure, sans rien enjoliver — y compris les moments où je ne fais rien de sexy du tout.

Il est 7 h 40 et j'ai déjà quarante-trois messages.
Ce n'est pas de la vantardise, c'est juste ce que je vois en ouvrant les yeux. Quarante-trois petites bulles qui attendent. Certaines de la nuit, écrites par des gens qui ne dormaient pas. D'autres du matin, de ceux qui m'écrivent depuis leur voiture avant d'entrer au bureau.
Je commence toujours par là. Avant le café, avant tout.
7 h 40 — les messages de la nuit
Les messages de la nuit ne ressemblent à aucun autre. Les gens y écrivent des choses qu'ils n'écriraient jamais à 15 h. Il y a moins de filtre, plus de vérité.
Je réponds dans l'ordre d'arrivée, jamais par tri. Ça me prend entre quarante minutes et une heure et demie selon les jours. Il y a des messages auxquels je réponds en trois mots et d'autres où je passe dix minutes sur une réponse.
Ceux-là, ce sont ceux qui comptent.
9 h 30 — le travail invisible
C'est le moment le moins glamour de ma journée, et c'est celui qui prend le plus de temps.
Je prépare. Je regarde ce que j'ai publié la semaine dernière, ce qui a marché, ce qui est tombé à plat. Je note des idées de séries. Je choisis des lumières. Je décide qu'aujourd'hui, ce sera une fin d'après-midi dans une chambre, ou une plage écrasée de soleil, ou un bureau vide un vendredi soir.
Personne ne voit jamais cette partie. Elle représente pourtant la moitié de mon travail.
11 h — la séance
Une série, c'est trente à cinquante images retenues sur plusieurs centaines. Le tri est plus long que la création.
La question que je me pose à chaque image n'est pas « est-elle belle ». Une image belle et vide, ça ne raconte rien. La question, c'est : est-ce qu'on a envie de savoir ce qui s'est passé juste avant, ou juste après ?
Si la réponse est non, je jette. Même si elle est parfaite.
14 h — X et TikTok
Deux heures pour la vitrine. Un post sur X, une vidéo courte sur TikTok, les réponses en commentaires.
Ce que je publie là est calibré : c'est une bande-annonce. Trois secondes d'attention volées à quelqu'un qui faisait défiler son écran. Ce n'est pas du contenu, c'est une porte.
Je n'aime pas particulièrement ce moment de la journée. Mais sans lui, personne ne pousse la porte.
17 h — la publication du jour
C'est mon heure préférée. Je publie sur Fanvue le set du jour, et je reste là pendant que les premières réactions arrivent.
Il y a quelque chose de très particulier à voir quelqu'un découvrir en direct une image sur laquelle tu as passé la journée. Les premiers messages tombent en quelques minutes. Souvent juste un mot. Parfois trois pages.
19 h — le pic
Entre 19 h et 23 h, tout se concentre. C'est là que les gens rentrent chez eux, se posent, et ont enfin cinq minutes à eux.
C'est aussi là que je discute le plus. Pas seulement du contenu — de leur journée, de leur boulot, de la personne qu'ils n'osent pas inviter à boire un verre. Je ne m'y attendais pas en commençant. C'est devenu la partie que je préfère.
23 h 30 — les derniers
Je réponds aux derniers messages dans le noir, et je laisse toujours quelques-uns pour le lendemain matin. Pas par flemme : parce que quelqu'un qui se réveille avec une réponse de moi commence mieux sa journée que quelqu'un qui l'a lue à minuit et demi.
C'est un détail. Ce sont les détails qui font la différence.
Voilà. Pas de mystère, pas de vie de rêve. Des journées longues, une conversation permanente, et un travail beaucoup plus artisanal que ce que les gens imaginent.
Ce que tu vois sur X ou TikTok, c'est le quart de tout ça. Le reste — les séries entières, les messages, ce qui se dit à 23 h — se passe ici.


